Apothéose
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Roman
Traduit de l'italien par Jean-Paul Manganaro et Pierre Lespine
Gallimard, Paris
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Apothéose
Avec ce livre, consacré a la mort de sa
mère, s'achève ce que l'auteur appelle le
"cycle des derniers", ouvert par "Figure humaine", poursuivi
avec "La vie éternelle", et qui retrace l'un des plus
grands et des plus insensibles événements de
I'Histoire: la fin de la civilisation paysanne. (Elle
s'accomplit avec l'arrivée dans les campagnes de
l'electricité, de la radio et, pour la
première fois, des nouvelles et bientôt des
images du monde entier). Avec la civilisation paysanne
disparaît un type d'homme, ainsi qu'un type de morale.
Mais disparaît aussi un type d'endurance unique, une
grande et sublime force que Camon identifie comme la
capacité "d'inventer une forme
d'immortalité".
L'auteur qui, sans renier ses origines, a emigré dans
une autre culture (celle "des mots"), participe aux
obsèques. Les jours suivants, il retourne pres des
siens. Tous sont frappés de stupeur. "La mere
était morte, mais ce n'etait pas possible". "II
faudrait trouver une photo", dit l'un des frères.
Nulle photo où elle soit reconnaissable, et son
être va continuer a s'effacer. "Je voudrais la prier
de s'arrêter de mourir", pense (ecrit) l'auteur. C'est
alors que le père, paysan taciturne, entreprend, dans
une sorte de délire commemoratif épique, de
construire un "autel", sorte de chapelle votive à
cette morte dont l'effacement était tel qu'il ne lui
adressait pas la parole et semblait même ne pas la
voir de son vivant. Rapportant quatre ans plus tard l'oeuvre
du pere, le fils, saisi d'émulation,
élève à son tour un "autel de paroles"
à la disparue. C'est ce livre, accompli, tout comme
l'autel rustique du père, à la rcssemblance de
la très humble sainteté de la mère.
Livre bref, franciscain lui-même, volontairement et
admirablement pauvre de vocabulaire aussi bien que de
syntaxe, et qui parvient, pour la première fois sans
doute, à faire passer quelque chosc du génie
paysan, jusqu'ici sans voix, dans la littérature
universelle.