La vie éternelle
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Roman
Traduit de l'italien par Yves Hersant et Ruggero Campagnoli
Gallimard, Paris
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La vie éternelle
Comme le premier roman de Camon, "Figure humaine",
ce livre est la chroniqne d'une communauté rurale
isolée du reste du monde, dans une basse plaine des
environs de Padoue, où la vie des hommes s'accomplit
en marge de toute civilisation reconnue. II s'agit d'une vie
"hors du temps", sans témoin, sans archives, sans
traces, vécue "dans la fable" plutôt que dans
l'histoire. Vie qui par suite peut, au sens humain du terme,
être dite "éternelle".
Cet Eden, régne d'une misère proprement
infernale, n'a plus ici de narrateur
privilégié. Très justement, l'auteur a
choisi de faire parler d'autres voix, dont il est
censé n'être que le transcripteur. Voix
multiples, et qui cependant n'en font qu'une: c'est la voix
de la communauté, telle qu'elle fonctionnait il y a
peu de temps encore comme culture, certes totalement
archaïque, mais vivante, énergique, inventive.
Seule l'apparition simultanée, aut our des
années soixante, de l'electricité et de la
télévision, devait, comme le dit l'auteur,
reussir à la frapper de mort.
Trop modestement, Camon présente son livre comme une
tentative de "roman-verité". Après en avoir
redigé la première version, il y introduisit
en effet des temoignages recueillis de la bouche même
des survivants. II n'en est que plus nécessaire de
relever l'extraordinaire unité de ton de tout le
livre. A la différence des livres-documents, tous les
"faits divers" qui se succedent - et ils sont innombrables -
toutes les voix qui se relaient sont coulés dans une
voix unique: celle d'un grand poète. Ce second livre
de Camon est exemplaire en fin d'un phénomène
de grande importance, propre à notre temps. Le monde
paysan, jusqu'ici voué au mutisme - mutisme que n'ont
en rien réussi à entamer les "romans paysans"
toujours écrits de l'extérieur - a enfin
trouvé, dans certains de ses fils qui ont depuis peu
accedé à la culture et qui n'ont pas
renié pour autant leur origine, à s'exprimer
directement par les moyens de l'art. Ce
phénomène, qui n'est pas propre à
l'Italie, mais qui y trouve sans doute son terrain
d'élection, nous force à réviser comme
trop simplistes toutes nos notions touchant la
"modernité". Camon aura eté sans conteste
l'initiateur de ce mouvement.